MIEUX COMPRENDRE L'HYPNOSE


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"HYPNOSE", UN TERME AMBIGU

Le terme "hypnose" est ambigu. Il désigne à la fois des états non spécifiques de conscience, leurs effets, des usages, des courants théoriques et des pratiques. Tribune publiée sur un site médical.

UN ANCÊTRE SULFUREUX

L’hypnose trouve ses premières sources dans les braises incandescentes du magnétisme animal et a pris corps sur les cendres encore tièdes du mesmérisme.

La période sulfureuse du mesmérisme en France commença dans la seconde partie du XVIIIe siècle quand un médecin badois, Franz-Anton Mesmer(1734-1815), quitta Vienne pour venir s’installer à Paris, Place Vendôme.

"Il pensait que l’efficacité du magnétisme Animal, c’est à dire le magnétisme relevant de l’âme, était du à un fluide dont il affirmait la réalité physique et dont l’origine proviendrait de l’influence des planètes(1)"

Le "magnétisme animal" de Mesmer agite et passionne alors l’opinion publique tout autant que la communauté médicale. Il donne cours à quantité d’écrits et d’analyses dont quatre commissions scientifiques.


QUATRE COMMISSIONS SCIENTIFIQUES

En 1784 Louis XVI nomme les deux premières commissions(2) pour analyser la pratique du magnétisme animal.

La première est constituée le 12 mars 1784 de quatre médecins de la Faculté de Paris et de cinq membres de l'Académie royale des sciences.

La seconde se compose le 5 avril 1784 de membres de la Société royale de Médecine.

Sur les observations du travail d’un disciple de Mesmer (le docteur Charles Deslon), ils concluront : "l'imagination est la véritable cause des effets attribués au magnétisme"(3)

Bailly(4) déclare dans un rapport secret au roi : "le traitement magnétique ne peut être que dangereux pour les mœurs."(5)

Les deux rapports officiels furent publiés et distribués en plus de vingt mille exemplaires. La Faculté de Médecine exigea alors de ses membres un acte dans lequel ils s'engagèrent à ce "qu'aucun docteur ne se déclarera partisan du magnétisme animal, ni par ses écrits ni par sa pratique."(6)

En 1812, Antoine-François Jénin de Montègre, secrétaire de l'Académie de médecine, écrit au sujet du magnétisme : "d’être contraire à la raison, aux bonnes mœurs, et de conduire les hommes à l’abrutissement."(7)

Au début du XIXe siècle, alors que l’Académie de médecine est absolument défavorable au magnétisme animal, le professeur Husson, médecin-chef de l'Hôtel Dieu de Paris, soutient que les traitements magnétiques ont évolué depuis l'époque le magnétisme animal initial de Mesmer. Il en redemande l’examen scientifique.

En 1826, il se voit alors confier la direction d’une commission officielle en vue de statuer sur le magnétisme animal. Cette mission va durer plus de trois ans. Les conclusions seront rendues à l'Académie des sciences en juin 1831. Il rend notamment compte de l’ablation d'une tumeur effectuée en 1829 par le chirurgien Jules Cloquet sous sommeil magnétique au cours de laquelle "la patiente n’a manifesté aucun signe de douleur »(8), et de conclure : « L'Académie devrait encourager les recherches sur le magnétisme comme une branche très curieuse de psychologie et d'histoire naturelle."(9).

Le "rapport HUSSON", issu de la troisième commission scientifique dédiée à l’étude du magnétisme, fit scandale et ne fut jamais publié par l’académie.(10)

En 1833, le médecin Frédéric Dubois publie un pamphlet(11) à succès. Il vise les magnétiseurs et le "rapport HUSSON". Dubois y relègue l'ensemble des magnétiseurs aux rangs du charlatanisme.

En 1837, il se voit nommé à la tête de la quatrième commission. Elle est chargée cette fois d’étudier les phénomènes magnétiques présentés par le docteur Berna. 
 Le "rapport DUBOIS" présenté à l'Académie de médecine les 12 et 17 août 1837 stipule " … aucun des phénomènes allégués par les magnétiseurs n'a pu être observé ".

Presque cinq années durant, Husson, Berna et tant d’autres vont protester vigoureusement en vain. 


Le 15 juin 1842, l'Académie de médecine abandonnera officiellement et définitivement tout intérêt pour le magnétisme animal et ses déclinaisons.


ET L’HYPNOSE NAQUIT DES CENDRES DU MAGNÉTISME

Ces polémiques "fratricides" ont donné naissance à quatre courants théoriques majeurs.

1. Le mesmérisme affirme que le "magnétisme animal" est du à la circulation d’un fluide animal.


2. Le spiritualisme pense agir sur la maladie par la volonté et la prière et voit les "transes magnétiques" comme des contacts avec des anges guérisseurs. 


3. Le psychofluidisme soutient que la volonté psychique est responsable de l'action magnétique.


4. L’imaginationnisme prouve par de nombreuses expériences et démonstrations publiques que seule l’imagination intervient dans la phénoménologie de ce qui est nommé "magnétisme". L’imagination catalyse des processus internes qui induisent chez des sujets un ensemble de manifestations psychologiques, comportementales et biologiques.(12)


Le magnétisme au travers de son quatrième courant "l’imaginationisme" deviendra alors "l’hypnose".(13)

L’AGE D’OR DE l’HYPNOSE

Les bases fondamentales de l’hypnose thérapeutique se sont, quant à elles, développées en France, dans l’âge d’or de l’hypnose(1889-1899) au travers des vapeurs polémiques de trois écoles de pensées : l’école de la Salpêtrière, celle de Nancy(14) et la plus discrète école de Richet(15). Mais pas seulement!

Dès 1889, le célèbre hôpital de la Salpêtrière à Paris est le théâtre de Jean-Martin Charcot(16). Dans le cadre de ses recherches sur l’hystérie, il y fait venir des hypnotiseurs de spectacle pour des démonstrations publiques.

Pour Charcot, l’hypnose est un état pathologique propre aux hystériques et aux névropathes(17).

Pour Bernheim, l’hypnose est un état naturel qu’il réduit à un sommeil produit par la suggestion.(18)

Richet quant à lui explore l’hypnose pour tenter d’en extraire les lois psychologiques.

C’est ainsi que Charcot utilise l’hypnose pour mieux comprendre les paralysies hystériques et les différencier de paralysies dues à des lésions organiques identifiables par la méthode anatomo-clinique pendant que Bernheim se concentre sur l’utilisation thérapeutique de l’hypnose(19) et que Richet en explore les thèses.

L’HYPNOSE THÉRAPEUTIQUE, UN PROCESSUS MAJEUR

Nous l’avons soulignée, l’hypnose thérapeutique est une descendante directe de "l’imaginationnisme". Cependant, elle repose depuis sur des postulats assez similaires dont "l’inconscient ressource" est devenu un lieu commun. Ce dernier a émergé lentement aux États-Unis dans les années quarante au prisme de ce que l’on a nommé "la troisième force" : la psychologie humaniste au travers notamment de l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers(20).

Plus précisément, sous le prétexte d’un "inconscient ressource" tout puissant, on oeuvre sous le joug du "constructivisme". Il est l’un des principaux processus psychologiques visés par l’hypnose thérapeutique, et plus globalement, par l’hypnose appliquée aux relation d’aide.

Inspiré par la philosophie évolutionniste de H. Spencer (1820-1903), le constructivisme est à son origine en opposition avec le "béhaviorisme" de J. B. Watson (1878-1958). Il s’est aussi beaucoup développé en France grâce aux travaux de W. F. Piaget (1896-1980).

Selon Piaget, l’origine de la pensée humaine se construit progressivement lorsque l’individu, et en particulier l’enfant, entre en contact avec le monde. Résultent alors de ces contacts successifs des unités élémentaires de l’activité intellectuelle, appelées "schèmes".

Pour le constructiviste, les connaissances individuelles sont bien plus qu’une reproduction de la réalité, elles sont une "reconstruction" de celle-ci. Tout individu "reconceptualise" en permanence les informations traitées en fonction de ses nouveaux acquis.

Pour simplifier, disons que les stratégies constructivistes permettent à la personne humaine de déconstruire ce qui lui pose problème, pour faire place à un ensemble qui lui est mieux adapté.
 Dans le même temps en Amérique, une équipe de chercheurs réunis autour et par G. Bateson(21) forme l’école de Palo Alto (dit aussi collège invisible) et s’engage sur la voie du constructivisme pour en explorer les possibilités.

Le Mental Research Institute est quant à lui créé spécifiquement pour étudier cliniquement les théories développées par l’école de Palo Alto (Bateson n’en fera jamais partie).

Ces courants majeurs de la psychologie permirent la naissance des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), des thérapies systémiques et familiales, dites aussi thérapies brèves.(22)

Dans le domaine de l’hypnose thérapeutique nous devons la "propagation" de "l’inconscient ressource" à Milton H. Erickson qui a su "re-susciter" l’intérêt de l’hypnose via son approche clinique et ses nombreux articles(23). Sa métaphore de l’inconscient est devenue dans l’esprit de toute une époque et de plusieurs générations une réalité quasi "psychotique". À tel point que beaucoup de praticiens encore, dissertent sur l’endroit ou serait situé l’inconscient dans le cerveau, ou bien où il faudrait parler pour être entendu de l’inconscient, et tant d’autres fantaisies de cet acabit.

Nourrie depuis par les théories solutionnistes, héritières des courants constructivistes de la psychologie, qui ont donné corps et sens aux thérapies brèves, l’hypnose d’Erickson est devenue la nouvelle hypnose(24) puis d’autres déclinaisons grâce, entre autres, aux formidables apports d’Ernest Lawrence Rossi(25) et le travail plus philosophique de François Roustang(26).

Pendant que Milton H. Erickson développait son approche athéorique(27) de l’hypnose indirecte, Dave Elman(28) dépoussiérait quelque peu l’hypnose classique directe, et conceptualisait des styles d’inductions et de suggestions plus modernes (pour son époque).

Ces dix dernières années, malgré de fortes résistances à l'évolution et au changement, de toutes nouvelles formes de relations d’aide sous hypnose ont vu le jour en France et sont pratiquées par de sérieux praticiens de l’hypnose(29) de toute obédience(30).

NEUROANATOMIE DE LA TRANSE

Sur le plan scientifique

La transe observée à l’IRMf, s’exprime au niveau neurologique par une désactivation du précunéus(31) et du cortex cingulaire postérieur, ouvrant ainsi des voies d’hyper-suggestibilité.

Ces états hypnotiques et leurs formes sont très variées et souvent peu ou pas identifiable aux non-initiés.

Sous EEG :

"État de pleine conscience" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée bêta (14-25 Hz). 


"Sous hypnose" ou "en transe" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée alpha (8-13 Hz),

"Sommeil paradoxal" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée thêta (4-7 Hz). 


"Sommeil profond" : la majorité des fréquences électriques se trouve dans la portée delta (3-5 Hz). 


En somme lorsque nous sommes sous hypnose (en transe), nous ne sommes ni totalement éveillés, ni dans une phase d’endormissement, nous sommes entre veille et sommeil.(32)

INDUIRE LA TRANSE HYPNOTIQUE

Les grands pourtours des formes d’hypnoses (visibles ou invisibles) appliquées aux relations d’aide reposent sur trois grands mouvements.

Les deux premiers mouvements ciblent trois processus majeurs inhérents à toute forme de transe hypnotique :

"Dissociation - Absorption - Confusion" (33)

Globalement, lorsque l’un de ces processus est enclenché l’intensité de transe est légère. Lorsque deux processus sont conjugués, l’intensité de transe est moyenne. Lorsque trois processus sont fusionnés, l’intensité de transe est profonde.

MOUVEMENT 1. FAVORISER LA TRANSE

L’induction hypnotique vise à catalyser la transe c’est à dire à enclencher un ensemble de processus internes qui vont placer la personne sous hypnose. Elle repose sur le principe de la suggestion. Toute communication verbale, para-verbale et non verbale est suggestion. Dans le processus d'induction hypnotique, les suggestions se caractérisent par une combinaison de propositions qui visent les trois processus majeurs vus précédemment.

L’induction hypnotique permet de catalyser la transe mais aussi de l’émanciper suffisamment au regard des objectifs visés. En d’autres termes, le praticien va accompagner le sujet dans une transe suffisamment importante pour avoir accès aux soubassements de sa conscience et à une phénoménologie subconsciente.

L’induction hypnotique peut revêtir différentes formes et répondre à diverses exigences. Dans tous les cas, elle consiste en un ensemble de procédés communicationnels verbaux, non verbaux et para-verbaux.


MOUVEMENT 2. ÉVOLUER DANS LA TRANSE

Le praticien va faire évoluer le sujet dans la transe. La direction et les objectifs auront été prédéfinis en amont par l’entretien préliminaire ou l’anamnèse (selon les cas et la spécialité du praticien). 
 Le sujet est alors guidé dans une série d’exercices imaginaires à vocation soit, thérapeutique, soit de mieux-être ou d’épanouissement, soit d’introspection, etc. (suivant le cadre de la consultation et les compétences du praticien). Ce dernier veillera à rester dans son champ spécifique de compétences.