MÉDECINES ALTERNATIVES


medecine douce ou medecine alternative

UN DÉBAT DE LONGUE DATE

Le 11 mai 1999, la Commission européenne adoptait un projet de résolution audacieux sur des sujets extrêmement délicats, les « médecines alternatives » et « thérapies alternatives et complémentaires » :

« ll faut encourager la reconnaissance officielle de ces médecines alternatives dans les facultés de médecine et leur pratique dans les hôpitaux. Une formation des médecins allopathes aux thérapies alternatives et complémentaires doit être assurée en prévoyant les cycles d’enseignement adéquats dans les facultés. Cependant, la médecine alternative devrait pouvoir être pratiquée également par tout praticien de médecine non conventionnelle correctement formé. Des normes similaires, y inclus des règles d’éthique, devraient s’appliquer à la fois aux médecins et aux praticiens de médecine non conventionnelle » (1)

Qu’en est-il aujourd’hui ?

LES FRANÇAIS, LEUR SANTÉ ET LEUR BIEN-ÊTRE


« Mieux vaut prévenir que guérir. »

Inscrit dans la sagesse populaire, cet adage n’aura sans doute jamais été autant appliqué en France ces dernières années.

L’engouement des Français pour les nombreuses approches naturelles qui visent à prévenir, et par conséquent à préserver leur santé par une bonne hygiène de vie, n’est pas nouveau. Il ne cesse de croître.

Dans l’alimentation, l’immense succès du « Bio » en est un des nombreux indicateurs. Les Français s’inscrivent massivement dans des démarches préventives de « santé naturelle ».

- Hygiène de vie (alimentation, plantes naturelles, activité physique…),

- Développement personnel (Yoga, méditation, hypnose…),

- Médecines douces (approches complémentaires aux soins allopathiques.).

Devant un tel phénomène de société, promus par un « bouche à oreille » constant, plus de 30 000 « thérapeutes » (2) non professionnels de santé sont recensés (3) en France et régions limitrophes. Ce nombre est certainement bien inférieur à la réalité!

Les pratiques traditionnelles de prévention, de croissance personnelle ou de soins « non-conventionnels », si elles sont reconnues sur certains continents depuis des millénaires (Inde, Chine, Afrique, etc.), se développent exponentiellement en France et de ce fait interrogent.

La médecine conventionnelle tente précautionneusement d’intégrer certaines de ces approches « non — conventionnelles » à ses pratiques conventionnelles. Ceci n’est pas sans poser quelques questions d’ordre scientifique, légal et éthique.

Pour bien nous situer, commençons par nous remémorer ce qu’est une médecine conventionnelle, ce qu’est une médecine non conventionnelle et ce qu’est une approche non conventionnelle.

LA MÉDECINE CONVENTIONNELLE


La médecine conventionnelle occidentale est celle qui est enseignée dans les facultés de médecine en vue d'obtenir le diplôme et le titre de médecin. Reconnue par les systèmes de santé, elle repose sur des traitements qui ont été scientifiquement validés. Cette validation s’obtient par des essais cliniques réussis. Ils doivent répondre favorablement à des processus stricts en termes d’autorisation, de réalisation, d’éthique et de pertinence scientifique. Cette méthodologie rigoureuse vise à prouver qu’un traitement soigne et tend à la guérison des maladies dont il est question.

Beaucoup plus rarement, la reconnaissance scientifique d’une technique de soin peut aussi être obtenue, après plusieurs années de recul, par l’approbation de la majorité des professionnels de la spécialité concernée. Ses conditions et protocoles d’utilisation sont alors minutieusement définis.

C’est ainsi que la médecine conventionnelle nous propose une médecine scientifique dont l’efficacité est prouvée. Les matières enseignées aux futurs médecins dans les facultés de médecine reposent sur des pratiques « conventionnelles ». Le doctorat en médecine et les diplômes des spécialités assurent aux patients qui consultent un médecin en France, une médecine conventionnelle. L’obtention des diplômes nationaux de l’ensemble des professionnels de santé est également basée uniquement sur l’enseignement de « soins conventionnels ».

C’est dans ces conditions et cet état d’esprit qu’un patient consulte un médecin. L’ordre des médecins (4), la direction générale de la santé (5), la haute autorité de santé (6) et le code de santé publique sont aussi là pour garantir que lorsque nous consultons un médecin en France, les moyens mis à la disposition de notre santé sont conventionnels, c’est-à-dire scientifiquement éprouvés et reconnus.

Ces faits sont les fondamentaux de notre médecine conventionnelle en France. C’est aussi ce qui lui permet de remporter chaque jour de nombreux combats face aux maladies, de guérir des millions de patients chaque année, de nous permettre de vieillir en meilleure santé, et de compter parmi les systèmes de santé les plus performants au monde.

Cependant, il existe en parallèle de la médecine factuelle, différentes approches de bien-être, de développement personnel et de soins non conventionnels qui semblent participer de certaines façons à la santé des Français, sans être des médecines conventionnelles pour autant.

« Ces pratiques se développent parallèlement à la médecine “ conventionnelle ”, en France et partout dans le monde. Elles sont également en progression dans le champ du bien-être, de la nutrition et de l’apparence esthétique. »(7)

De nombreux médecins les conseillent à leurs patients comme complément à leur traitement. Des hôpitaux font même appel à certains de ces praticiens « non-professionnels de santé » qui les pratiquent alors, par exemple, auprès de grands brûlés et autres cas cliniques (8).

Voyons tout cela d’un peu plus près.

DES MÉDECINES ET APPROCHES

NON-CONVENTIONNELLES


Les approches non conventionnelles sont appelées — à tort ou à raison — médecines alternatives, médecines complémentaires, médecines naturelles, médecines douces, médecines parallèles, médecines holistiques, thérapies complémentaires ou pseudo-médecines.

L’Académie de Médecine Française conseille de privilégier le terme de « thérapies complémentaires » (9).

La Commission européenne utilise l’appellation « médecines non conventionnelles » (10).

L’Organisation Mondiale de la Santé (11) quant à elle distingue les « médecines traditionnelles » (MT), des « médecines complémentaires et alternatives » (MAC).

Au sujet des « MT », l’OMS stipule que :

« La médecine traditionnelle est très ancienne. C’est la somme de toutes les connaissances, compétences et pratiques reposant sur les théories, croyances et expériences propres aux différentes cultures, qu’elles soient explicables ou non, et qui sont utilisées dans la préservation de la santé, ainsi que dans la prévention, le diagnostic, l’amélioration ou le traitement de maladies physiques ou mentales. »(12)

Au sujet des « MAC », l’OMS stipule que :

« Le terme “médecine complémentaire” ou “médecine alternative” est utilisé de manière interchangeable avec “médecine traditionnelle” dans certains pays. Elles concernent une large gamme de pratiques de soins qui ne font pas partie des traditions du pays et qui ne sont pas intégrées dans le système de santé dominant. »(13)

Rappelons que pour l’OMS la santé se définit ainsi :

« La santé est un état complet de bien — être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmités. »(14)

Ernst, spécialiste de l’évaluation des « médecines alternatives » en propose une définition :

« […] notre définition de médecine alternative est n’importe quelle thérapie qui n’est pas acceptée par la majorité des médecins classiques, et qui typiquement, revendiquent des mécanismes se situant hors de la compréhension actuelle de la médecine moderne. Dans le langage de la science, les thérapies alternatives sont dites biologiquement non plausibles. »(15)

Une enquête récente (16) sur les « MAC » fait ressortir de nombreux points importants dont :

40 % des Français y font appel,

78 % les jugent efficaces, utilisées en prévention,

72 % les évaluent comme importantes en complément des traitements conventionnels, même dans les cas de cancers.

Notons que les appellations :

- « médecines alternatives et complémentaires » et « thérapies complémentaires » invitent à leur usage,

- « Pseudomédecines » engage à les éviter,

- « Médecines non conventionnelles » est plus informatif et tend vers une certaine neutralité.

En revanche restent les termes « médecine et thérapie » qui, de notre point de vue et dans tous les cas, posent problème. Ces sèmes (17) en disent trop. Nous avons vu précédemment ce qu’était une médecine et/ou une thérapie conventionnelle en France. Elles répondent à des critères rigoureux et sont régies par le Code de santé publique.

Dans ce cas, il ne peut pas y avoir une « médecine non-médecine » et/ou une « thérapie non-thérapie ». Le paradoxe est trop prégnant face à une catégorie de MAC « fourre tout » et bien trop floue.

« Il n’était pas possible de considérer dans ce rapport toutes les thérapies complémentaires, car elles sont très nombreuses : la liste MeSH comporte 17 catégories de thérapies complémentaires (annexe 2) et la Miviludes dénombre 400 pratiques “à visée thérapeutique” (dont la plupart ne méritent évidemment pas l’appellation de thérapie complémentaire). »(18)

« Acupuncture (electroacupuncture, moxibustion) —Anthroposophie — Auriculothérapie —Homéopathie —Médecine traditionnelle : africaine, arabe, ayurvédique et chinoise —Mésothérapie —Thérapies corps esprit —aromathérapie —hypnose —psychodrame —psychophysiologie —psychothérapie —tai chi —thérapie par le rire —toucher thérapeutique —yoga —Manipulations de l’appareil locomoteur —chiropratiques —ostéopathiques —acupressure —kinésiologie —massage Naturopathie — Organothérapie —Phytothérapie — Réflexothérapie — Rajeunissement — Santé holistique —Thérapies sensorielles par les arts —Spéléothérapie — Thérapies spirituelles : chamanisme, guérison par la foi, guérison mentale, magie, méditation, occultisme, radiesthésie. »(19)

Nous voyons bien là que la grande catégorie des MAC souffre cruellement d’imprécision (sont absentes les 400 autres pratiques recensées par la Miviludes). À y regarder de plus près, on ne peut que constater qu’y figurent :

- des approches thérapeutiques,

- des approches préventives,

- des approches curatives,

- des approches psychothérapeutiques,

- des approches de bien-être et de développement personnel,

- et enfin des approches spirituelles ou mystiques.

Il apparaît évident que ces six sous-catégories, assimilées aux MAC, n’en sont pas toutes. Les approches psychothérapeutiques, les approches de bien-être et de développement personnel, les approches préventives et les approches spirituelles ne peuvent pas être des médecines. Tout ce qui participe à la santé d’une façon indirecte doit-il entrer dans le champ des médecines, conventionnelles ou non conventionnelles ?

Il nous paraît extrêmement important de bien en faire la distinction. Si nous ne le faisions pas, nous pourrions pousser jusqu’au bout le schéma de référence actuel des MAC.

Extrêmement large et absolument flou, il se résume à intégrer tout ce qui pourrait avoir des effets psychothérapeutiques, de bien-être, de prévention et/ou spirituels sur la santé. Cela donnerait lieu à toutes les formes d’extravaganc