HYPNOSE INTEMPORELLE


DU MESMÉRISME À L’HYPNOSE D’AUJOURD’HUI EN VISITANT CHAMANS ET GRÈCE ANTIQUE L’hypnose trouve ses premières sources dans les braises incandescentes du magnétisme animal(1) et a pris corps sur les cendres encore tièdes du mesmérisme(2).

Ses bases fondamentales se sont développées dans l’âge d’or de l’hypnose en France au travers des vapeurs polémiques de trois écoles de pensées : l’école de la Salpêtrière, celle de Nancy(3) et la plus discrète école de Richet(4). Mais pas seulement! Dès 1889, le célèbre hôpital de la Salpêtrière à Paris est le théâtre de Jean-Martin Charcot(5). Dans le cadre de ses recherches sur l’hystérie, il y fait venir des hypnotiseurs de spectacle pour des démonstrations publiques. Pour Charcot, l’hypnose est un état pathologique propre aux hystériques et aux névropathes(6).

Pour Bernheim, l’hypnose est un état naturel qu’il réduit à un sommeil produit par la suggestion(7).

Richet quant à lui explore l’hypnose pour tenter d’en extraire les lois psychologiques. C’est ainsi que Charcot utilise l’hypnose pour mieux comprendre les paralysies hystériques et les différencier de paralysies dues à des lésions organiques identifiables par la méthode anatomo-clinique pendant que Bernheim se concentre sur l’utilisation thérapeutique de l’hypnose(8) et que Richet en explore les thèses. Descendante directe de l’imaginationnisme(9), l’hypnose thérapeutique repose depuis sur des postulats assez similaires dont « l’inconscient ressource » est devenu un lieu commun. Ce dernier a émergé lentement aux États-Unis dans les années quarante au prisme de ce que l’on a nommé « la troisième force » : la psychologie humaniste au travers notamment de l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers(10). Le « constructivisme » est l’un des principaux processus visés par l’hypnose appliquée aux relation d’aide. Inspiré par la philosophie évolutionniste de H. Spencer (1820-1903), le constructivisme qui est à son origine en opposition avec le « béhaviorisme » de J. B. Watson (1878-1958), s’est aussi beaucoup développé en France grâce aux travaux de W. F. Piaget (1896-1980). Selon Piaget, l’origine de la pensée humaine se construit progressivement lorsque l’individu, et en particulier l’enfant, entre en contact avec le monde. Résultent alors de ces contacts successifs des unités élémentaires de l’activité intellectuelle, appelées "schèmes". Pour le constructiviste, les connaissances individuelles sont bien plus qu’une reproduction de la réalité, elles sont une « reconstruction » de celle-ci. Tout individu « reconceptualise » en permanence les informations traitées en fonction de ses nouveaux acquis. Pour simplifier, disons que les stratégies constructivistes permettent au sujet de déconstruire ce qui lui pose problème, pour reconstruire un ensemble qui lui est mieux adapté. Dans le même temps en Amérique, une équipe de chercheurs réunis autour et par G. Bateson(11) forme l’école de Palo Alto (dit aussi collège invisible) et s’engage sur la voie du constructivisme pour en explorer les possibilités. Le Mental Research Institute est quant à lui créé spécifiquement pour étudier cliniquement les théories développées par l’école de Palo Alto (Bateson n’en fera jamais partie). Ces courants majeurs de la psychologie permirent la naissance des TCC (thérapies cognitivo-comportementales), des thérapies systémiques et familiales, dites aussi thérapies brèves(12). Dans le domaine de l’hypnose nous devons la « propagation » de « l’inconscient ressource » à Milton H. Erickson qui a su « re-susciter » l’intérêt de l’hypnose via son approche clinique et ses nombreux articles(13). Sa métaphore de l’inconscient est devenue dans l’esprit de toute une époque et de plusieurs générations une réalité quasi « psychotique ». À tel point que beaucoup aujourd’hui encore, dissertent sur l’endroit ou serait situé l’inconscient dans le cerveau, ou bien où il faudrait parler pour être entendu de l’inconscient, et tant d’autres fantaisies de cet acabit. Nourrie depuis par les théories solutionnistes, héritières des courants constructivistes de la psychologie, qui ont donné corps et sens aux thérapies brèves, l’hypnose d’Erickson est devenue la nouvelle hypnose(14) puis d’autres déclinaisons grâce, entre autres, au formidable apport d’Ernest Lawrence Rossi(15). Pendant que Milton H. Erickson développait son approche athéorique(16) de l’hypnose indirecte, Dave Elman(17) dépoussiérait quelque peu l’hypnose classique directe, et conceptualisait des styles d’inductions et de suggestions plus modernes (pour son époque). Ces dix dernières années, malgré de fortes résistances à l'évolution et au changement, de toutes nouvelles formes de relations d’aide sous hypnose ont vu le jour en France et sont pratiquées par de sérieux praticiens de l’hypnose(18) de toute obédience(18A). Comme nous venons de l’entrapercevoir, les historiens ont coutume de dater la naissance de l’hypnose dans la seconde partie du XVIIIe siècle avec l’arrivée de Frantz Anton MESMER (1734-1815) à Paris. En réalité, l’hypnose, la transe et ses phénomènes sont bien antérieurs. Les travaux des ethnologues font apparaitre l’existence de l’hypnose dans les rituels des « guérisseurs » ou, suivant les continents, des « chamans », dès l’aube de l’humanité. Ces derniers soulagent, soignent et guérissent en convoquant les forces mystiques de la nature. Incantations hypnotiques, spiritualité et plantes psychotropes s’entremêlent alors. Grand nombre de ces connaissances plusieurs fois millénaires ne nous sont pas parvenues, et pour cause. Transmises en grande partie par l’oralité, elles sont demeurées imprécises, voire absentes des archives et traces du passé. C’est cruellement dommage, tant elles représentent assurément les pans parmi les plus fascinants de l’histoire des soins naturels « non-conventionnels ». Au fil des siècles, l’hypnose fut utilisée instinctivement à des fins de guérison, de rites initiatiques ou rituels religieux, puis progressivement de façon exclusivement communicationnelle. On retrouve cette dernière forme d’hypnose en Grèce Antique, dans le discours politique(19), ou pour soulager les consciences, ou soigner les blessures de l’âme. Aujourd’hui, l’hypnose utilisée par les praticiens les plus compétents est héritière de la branche la plus vertueuse du sophisme(20), et non du spiritualisme(21). En somme, les sérieux praticiens de l’hypnose contemporaine ne convoquent plus les esprits mystiques de la nature ou d’autres entités métaphysiques. Tout au contraire, ce sont les forces de celui qui consulte qui sont mobilisées au service de son mieux-être, de sa convalescence ou de son épanouissement. Ces processus engagés reposent sur des principes communicationnels élaborés et subtils. Les formules magiques des chamans (ou guérisseurs) sont devenues les inductions et suggestions hypnotiques des praticiens de l’hypnose dans les relations d’aide. Auteur : G. ETTZEVOGLOV

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ARTICLE EXTRAIT DES LIVRES

En savoir plus >> NOTES DE BAS DE PAGE (1)Cf. pp. 217-221, Lexique, Magnétisme et mesmérisme. (2) « L’imagination est la véritable cause des effets attribués au magnétisme » C. Burdin, F. Dubois, Histoire académique du magnétisme animal: accompagnée de notes et de remarques critiques, Baillère, Librairie de l’académie royale, 1841, p. 69 / Voir aussi : Hegel, Le magnétisme animal, traduction et introduction par François Roustang, PUF, Paris, 2005. (3)En 1882, Hippolyte Bernheim (1840-1919) invite Auguste Liébault (1823 – 1904) à le rejoindre à Nancy. Ils vont former avec le juriste Liégois ( 1833 -1908) et le médecin et psychologue Henri-Étienne Beaunis (1830- 1921) l’Ecole de Nancy dite aussi « Ecole de la suggestion ».Nous sommes en 1882, l’âge d’or de l’hypnose en France commence ; il durera dix ans. (4)Cf. pp. 221-222, Lexique, Troisième école. (5)Jean-Martin Charcot (1825-1893), célèbre neurologue français, précurseur de la psychopathologie clinique et co-fondateur avec Guillaume Duchenne (1806-1875) de la neurologie moderne est alors connu dans le monde pour ses recherches sur l’hypnose et l’hystérie à la Salpêtrière. (6)A. Pitres, Leçons cliniques sur l’hystérie et l’hypnotisme, tome premier, Préfacé de Charcot, J.M., Octave Doin, Paris, 1889. (7) H. Bernheim, Hypnotisme, suggestion, psychothérapie, Octave Doin, Paris,1891. (8)G. Ettzevoglov, « L’hypnose en héritage », 2001, Article publié gratuitement en ligne, Cf. www.hypnose-integrative.org Médias/Articles/L’hypnose en héritage. (9)Pour faire simple, le magnétisme a donné naissance à quatre courants théoriques majeurs. 1. Le mesmérisme affirme que le magnétisme est du à la circulation d’un fluide animal. 2. Le psychofluidisme soutient que la volonté psychique est responsable de l'action magnétique. 3. Le spiritualisme pense agir sur la maladie par la volonté et la prière et voit les transes comme des contacts avec des anges guérisseurs. 4. L’imaginationnisme prouve par de nombreuses expériences et démonstrations publiques que seule l’imagination intervient dans le processus de « magnétisme ». L’imagination des processus internes qui induisent alors chez des sujets des transformations bénéfiques. « Le magnétisme » deviendra alors « l’hypnose ». « L’imagination est la véritable cause des effets attribués au magnétisme » C. Burdin, F. Dubois, Histoire académique du magnétisme animal: accompagnée de notes et de remarques critiques, Baillère, Paris, Librairie de l’académie royale, 1841, p. 69 / Voir aussi : Hegel, Le magnétisme animal, traduction et introduction par François Roustang, Paris, PUF, 2005. (10)On doit aussi à Carl Rogers (1902-1987) ses extraordinaires apports sur les notions d’empathie et de congruence. C. Rogers, La relation d’aide et la psychothérapie, ESF, Paris, 1999. (169)M. H. Erickson, L’intégral des articles de Milton H. Erickson, Tome 1, 2, 3 et 4, éditions Satas, Bruxelles,1999. (11)Grégory Bateson (1904-1980), anthropologue et psychologue, est à l’origine du « Double blind ». Ses apports aux thérapies systémiques est précieux. Cf. BATESON, G., Vers une écologie de l’esprit, tome 1 et 2, Paris, Éditions du Seuil, col. Essais, 1977 et 1980. (12)Cf. G. Ettzevoglov, Du langage des sentiments de l’âme, d’autres visages de l’hypnose, Paris, Éditions EUTHYMIX, 2017, p. 223. (13) M. H. Erickson, L’intégral des articles de Milton H. Erickson, Tome 1, 2, 3 et 4, Bruxelles, Éditions SATAS,1999. (14)J. Godin, La nouvelle hypnose, Albin Michel, Paris, 1992. (15)Voir entre autres : H. L. Rossi, Psychobiologie de la guérison, Souffle d’Or, Paris, 2002. (16)Son approche a été approximativement théorisée par d’autres et est sujet à débats. De son vivant Erickon défendait son approche de l’hypnose comme étant athéorique. (17)Dave ELMAN (1900-1967) « Musicien américain reconverti à l’hypnose, il a raccourci les temps d’inductions hypnotiques et a transcrit ses suggestions sous forme de scripts. Il a formé de nombreux médecins… » Cf. Ettzevoglov, G., De l’Induction Hypnotique, Hypnose Progressive, Rapide et Instantanée, Bruxelles, SATAS, Coll. Le Germe, 2012, p.17. (18)Parmi elles, L’hypnose Flash et l’Hypnose Intégrative : voir G. Ettzevoglov, De l’Induction Hypnotique, Hypnose progressive, rapide et instantanée, Bruxelles, Éditions SATAS, Coll. Le Germe, 2012, et G. Ettzevoglov, Du langage des sentiments de l’âme, d’autres visages de l’hypnose, Paris, Éditions EUTHYMIX, 2017. (18A)Pour en savoir plus, assistez au prochain congrès d’Hypnose Intégrative qui aura lieu à Nice les 23 et 24 novembre 2019. (19)Pour Henri - Irénée Marrou (1904 - 1977), « les Sophistes s'adressent à quiconque veut acquérir la supériorité requise pour triompher dans l'arène politique. » (20)Antiphon d'Athènes (-480 -411). Antiphon le sophiste et Antiphon le guérisseur étaient un seul et même personnage. Il créa « l’art de l’apaisement » par la rhétorique. Plutarque (-46 -126) écrit, à propos d'Antiphon : « Tout en poursuivant ses activités de poète, il inventa un art de l’apaisement de la douleur, tout comme existent des traitements médicaux pour ceux qui sont malades. On lui donna une maison à Corinthe près de l’agora, qu’il orna d’une enseigne qui annonçait qu’il avait le pouvoir de guérir les malades avec des mots. » Cf. P. Wtzlawick, Le langage du changement, Paris, SEUIL, Coll. Essais, 1980, p. 16. (21)Cf. Note de bas de page N° (9)

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