HYPNOSE ET SUBJECTIVITÉ INTÉGRATIVE


    Extrait du livre : "Du Langage des Sentiments de l’Âme, d’Autres Visages de l’Hypnose", Éditions EUTHYMIX, Paris 2017, G. ETTZEVOGLOV

    ... "À contrario, les subjectivités acceptées, affirmées et reconnues comme des parcelles respectables d’un tout, sont enclines aux épanouissements individuels et collectifs ; elles sont ouverture et non enfermement et ouvrent à de nouvelles richesses issues de cheminements et réflexions diverses, créatrices d’autres possibles."

    Il va sans dire que chaque être humain est unique ; il construit ses propres représentations de la réalité plus ou moins subconsciemment. Ces constructions donnent vie à des symboles qui sont des concepts singuliers, issus de nos six sens : vue, ouïe, toucher, odorat, goût, intuition(81). La plupart de nos symboles sont affectifs ; ils sont peuplés d’émotions et sentiments en lien avec les expériences que nous en avons. Prenons l’exemple du pain. Vous avez une représentation conceptuelle du pain. Votre histoire affective en lien avec le pain est condensée dans un symbole multiforme. Ce processus de synthétisation vous permet d’envisager le pain en un éclair de temps, via vos six sens. Certains auront en tête, le parfum du pain chaud avant d’en imaginer le goût particulier, puis la couleur et la forme viendront. D’autres ressentiront instantanément la texture moelleuse de la mie ou entendront le craquant de la croute, etc. La charge affective pourra, elle aussi, prendre différentes formes ; comme celle du souvenir de grand-mère pétrissant la pâte à pain près de ce fourneau..., ou tout autre souvenir affectif en lien avec l’histoire et l’objet conceptuel concerné.

    Ces souvenirs seront fonction des sentiments de l’âme. Tout cela relèvera de la plus haute intimité intérieure.

    "L’ensemble des symboles qui vous habitent, constitue d’infinies images dynamiques ; elles contribuent à votre vision de vous et du monde et vous persuadent de leur réalité. Difficile pourtant de les communiquer précisément, tant les mots et le langage (verbal, para verbal et non verbal), participent de multiples incompréhensions entre vous-même et les autres." Pour se comprendre, nous utilisons des mots, des images, des idées et concepts comme des évidences ; nous pensons ces symboles, comme étant dans l’esprit des autres, semblables aux nôtres. Aucun d’eux n’est semblable à ceux des autres.

    Nous pouvons être d’accord sur le fait qu’une table est une table. Tant que nous ne l’aurons pas, physiquement rencontrée, il nous sera impossible de comprendre précisément et à coup sûr, la description orale que vous ferez de votre table.

    "Dissimulé derrière un voile de banalité, le langage reste aujourd’hui un exercice approximatif. Communiquer de façon orale, écrite ou physique, semble à la portée de tous, se faire comprendre relève souvent de la prouesse. D’ailleurs, comment êtes-vous sûr que vos paroles, que vos écrits, que vos gestes et actions soient bien interprétés ?" Il apparaît comme évident que la subjectivité, telle que communément ignorée et parfois même bafouée, est omniprésente. Elle est cause de nombreux malentendus dans toutes les formes d’interactions (professionnelles, privées et intimes). Les diverses illusions de connaissances et certitudes de vérités et de réalités s’entrechoquent communément.

    "Cependant, lorsque nous concevons la vision de l’Autre comme une illusion tout aussi valable et respectable que la nôtre, elle nous apparaît sous un jour meilleur. Les symboles utilisés par cet Autre, tout comme sa façon de les articuler, sont riches d’enseignements."

    Bien entendu, certaines idées développées ici ou là, tout comme certaines abstractions et raccourcis, peuvent irriter ou indigner ; on peut alors sagement se demander : "Qui suis-je pour penser ou croire que ma représentation du monde est plus valable que celle d’un autre ? Qui suis-je pour condamner d’autres visions du monde quand les miennes le sont finalement tout autant ?" "Avoir la certitude de détenir la vérité est certainement la meilleure façon d’avoir tort."

    La bonne vision du monde, s’il en est une, est celle qui permet à un individu de s’épanouir tout en laissant s’épanouir les Autres. Cette dimension est aussi une des clés majeures de l’épanouissement collectif. Dans la mesure où l’on cesse de vouloir imposer nos convictions à l’Autre, où l’on propose ses propres images dans le respect de celles des autres, alors ces images se complètent et le langage devient co-productif de nouvelles images. La communication est apaisée, enrichissante et créatrice. Les compétitions d’égos laissent alors place à des enrichissements mutuels et partagés.

    "Humilité et tolérance ne sont ni des utopies, ni des faiblesses ; elles sont le langage de la considération."

    La pensée qui prédomine cet ouvrage est intégrative(82) au sens où l’aidant "intègre" la subjectivité de l’Autre comme un territoire à observer précieusement, quand et seulement quand, cet Autre l’y invite. Son espace est sacré ; il est peuplé de symboles(83) qui proposent d’autres strates des réalités, codifiées dans des langages imparfaits, subtils et riches. L’aidant emprunte alors ces symboles pour améliorer et enrichir son dialogue de celui qui est aidé, et non l’inverse.

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    Auteur : G. ETTZEVOGLOV, spécialiste en hypnose

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    (81)Nous pensons que l’intuition est un sixième sens fiable, dans la mesure où il n’est pas perçu comme une "réalité indiscutable", mais plutôt comme une impression digne d’intérêt qui appelle à vigilance. Cette impression résulte de la somme des données perçues de nos cinq premiers sens.

    (82)Intégratif est parfois utilisé pour multi-référentiel. Nous ne l’utilisons jamais ainsi.

    (83)Quelques initiés pourraient être tentés de faire des liens avec la symbolique de Jung ; il sont très éloignés de ce que nous défendons ici. En cela que comme l’ensemble des acteurs de la psychanalyse, Jung tend par ses archétypes et symboles vers "un plus haut niveau de conscience". S’il évoque beaucoup l’âme humaine dans son oeuvre, il centralise néanmoins ses leviers au niveau psychologique, dans un processus qu’il nomme individuation. "Mais pourquoi diable, allez-vous certainement demander, l’homme doit-il à tort et à travers atteindre une plus haute conscience. Avec cette question, vous touchez le centre du problème et la réponse ne m’est pas aisée." C.G. Jung, L’Âme et la vie, le livre de poche, Paris, p.59.

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