ÉPANOUISSEMENT AU QUOTIDIEN : VOIE N° 3


Permettez-moi de vous offrir un extrait de mon livre : "Du Langage des Sentiments de l’Âme, d’Autres Visages de l’Hypnose", Éditions EUTHYMIX, Paris 2017, G. ETTZEVOGLOV, pp.119-124.

"L’attention complice" dans "Du rapport à son âme sensitive" L’un des réflexes humains lorsqu’une sensation désagréable se fait sentir, est de vouloir s’en débarrasser au plus vite.

Lorsqu’il s’agit de troubles psychiques, nombreux se disent que ça finira bien par passer et apprennent à vivre avec, tant que cela reste supportable ou acceptable. Si les symptômes sont physiques ou organiques, beaucoup espèrent globalement que "ce n’est rien ou pas grand chose", et qu’avec "avec un peu de chance ça passera tout seul, ou avec l’aide d’un pharmacien". Il s’avère parfois que ce soit le cas. Et d’autres fois non. Des sensations physiques ou psychiques persistent ; quand leurs origines sont inconnues et que les moyens mis en oeuvre en amont restent vains, il est alors urgent de consulter un médecin. Comme nous l’avons déjà souligné, une douleur aiguë est avant tout un message à visée informative et protectrice(128). Il s’agit là de la première forme d’écoute mature de soi pour bien prendre soin de soi : signal persistant égale consultation. D’autres formes d’écoute de soi sont tout aussi fondamentales comme "l’attention complice de soi".

La plupart d’entre nous qui sont confrontés à des douleurs chroniques, psychogènes(129) ou à d’autres expressions de l’être, leur livrent des batailles frontales. Guerroyer contre les sentiments et/ou les sensations qui nous assaillent, c’est déclarer une guerre froide contre soi- même. Peu de chance qu’il y ait une issue heureuse. Se soigner, prendre soin de soi, retrouver de bonnes sensations, de bons sentiments pour cheminer vers la santé et l’épanouissement, ce n’est pas étouffer des messages, ou anesthésier une partie de son être ; c’est tout le contraire.

L’attention bienveillante est une attitude plus salvatrice. Elle permet de donner une réponse à ces messages et signaux qui sont autant de langages à considérer pour les assimiler et mieux se traiter.

Plutôt qu’une longue explication, simplifions et prenons l’exemple d’un nourrisson qui présente de nombreuses similitudes avec notre sujet.

Comme votre corps, un nourrisson n’est pas encore doté d’une conscience cognitive, pas plus en capacité d’intellectualiser ses besoins et d’analyser ses ressentis. Comme votre corps, il ne réagit et n’exprime que des langages de type « animal », sous forme de signaux primaires en lien avec ses émotions, sentiments et ressentis uniquement.

Quand ce nourrisson a faim, un sentiment l’assaille sans qu’il sache précisément de quoi il découle encore. Ce sentiment déclenche alors une alerte sous la première forme de geignements qui deviendront assez vite des pleurs ou hurlements ; ils seront interprétés par le parent présent, comme un message puis une alerte. En fonction de l’intuition et de la maturité du parent, les premiers messages seront plus ou moins justement interprétés.

Admettons qu’aux premiers signes, le parent, se manifeste rapidement, nourrisse son tout petit d’aliments, d’attention et d’amour, le bébé alors rempli, repu et animé d’autres sentiments s’apaisera et les signaux changeront. Ces nouveaux messages pourront être des gazouillis, des risettes, ou tout autre forme de langage animal de nature plus ou moins semblable. S’il manque de l’un des trois éléments nutritifs majeurs (aliment, attention, amour), le bébé nourri partiellement se calmera en partie seulement, ses émotions et sentiments seront de qualité différente. Considérons maintenant que le parent fasse, pour une raison ou une autre la sourde oreille aux premiers signes de la faim ; le nourrisson augmentera le volume, puis hurlera, etc. Il n’y aura aucune limite dans la flambée de ses affects, il pourrait aller jusqu’à s’étouffer de colère.

Il en va exactement de même pour les messages et alarmes de votre être. Si vous faites la sourde oreille à ses langages, à ses signaux, ils augmentent jusqu’à des degrés insupportables. Si vous y répondez partiellement, ils se calment dans une certaine mesure seulement. Si vous attendez qu’ils se dissipent sans raison, vous êtes mal engagé. Étouffer les messages de son être par toute espèce "d’automédication"(130) revient à enfermer son nourrisson dans un placard.

Vous ne l’entendrez plus durant un moment mais cela ne règlera rien et occasionnera de sérieux problèmes et souffrances.

Que pouvons nous faire alors ?

Toute attention bienveillante de soi est nutritive. Composée d’attention, de compréhension et d’amour, elle est contraire à « bataille et guerre froide ».

Nous pouvons faire simple et efficace en quatre étapes. 1) Accueillir les messages de son être ; 2) Les accepter puis les évaluer ; 3) Leur donner un sens et une valeur utile ; 4) En faire des alliés.

Heureuse nouvelle !

Il y a de fortes chances que vous le fassiez déjà ou presque, dans certaines circonstances que vous connaissez bien.

Prenons l’exemple d’un « point de côté » où nous retrouverons facilement et « sans effort », ces quatre étapes de bon sens.

Lorsque vous courez ou marchez vite, si vous recevez un message sous forme de « point de côté » au niveau du ventre, que faites-vous ? Vous accélérez ? Vous prenez un antalgique, ou tout autre substance pour le faire passer ? Vous vous faites violence et continuez jusqu’à ne plus pouvoir avancer et vous plier en deux ? Non, il semblerait que, quelque peu contraint par le bon sens, vous fassiez preuve d’attention bienveillante envers vous.

1) Vous accueillez le point de côté : « Ah je connais cette sensation. »

2) Vous l’acceptez, l’évaluez et étudiez la situation en cause : « Bon voilà, c’est désagréable, j’ai couru ou marché tropvite. » 3) Vous lui donnez un sens et une valeur utile : « Mon corps m’informe que je dois ralentir, je peux comptersur ce signal fiable. » 4) Vous en faites un allié en l’utilisant comme un indicateur de vitesse de croisière à ne pas dépasser. « Merci, je t’écoute et fais le nécéssaire pour que nous soyons bien. Je reste attentif à tes messages afin qu’ils soient confortables. »

En somme, en pareille situation, vous entendez le message de votre corps et lui donnez une réponse comportementale adaptée en ralentissant votre course ou votre marche ; ou bien vous arrêtez et soufflez un peu avant de repartir, et/ou vous respirez mieux, et/ou vous hydratez, etc. Soulignons que dans l’étape « 4 », adresser vous-même un message à votre corps, dialoguer intérieurement avec vous- même, ne favorisera pas de troubles psychotiques.(131) Nous pourrions décliner cette démonstration de votre savoir-faire et de votre complicité avec vous-même d’autres façons : la soif, les besoins naturels fondamentaux, etc. Étendez cette attention bienveillante à toutes les formes de messages de votre corps et plus globalement de votre être.

Vous avez tant de choses à vous dire et à vous apprendre mutuellement ! Essayez, vérifiez, cette relation privilégiée à vous même est cent pour cent bénéfique. Lire la suite

Auteur : Gerome ETTZEVOGLOV Expert en hypnose appliquée aux relations d'aide ​Président du Syndicat Français des Praticiens en Hypnose Intégrative

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- (128) Cf. pp. 213-217, Douleurs physiques. - (129) Les douleurs psychogènes sont des douleurs de caractère atypique. L’importance des signes associés (insomnie, perte d’appétit, anxiété, irritabilité) et l’existence d’un contexte émotionnel particulier (deuil, conflit, séparation, etc.) permettent à un médecin de suspecter la somatisation d’un conflit psychologique. - (130) Antalgiques, sédatifs, anxiolytiques, antidépresseurs, cannabis, alcool, etc. - (131) Si vous souffrez de schizophrénie, de troubles schizoaffectifs, ou de troubles délirants, ou si l’un de vos proches est concerné, pour votre plus grand bien et avant d’envisager la mise en application des propositions et exercices de ce livre sur vous-même ou une tierce personne, consultez votre psychiatre.


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